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Cours de Génétique

 

cours rédigé par M. Silar

 

Chapitre1: rappels

Introduction générale

Rappels biologiques

Cellules procaryotes

Cellules eucaryotes

La mitose

La méiose

Les virus

Chapitre2 : un peu d'histoire

Les Caractères, les Gènes et les génomes

Chapitre3 : la variation

Les polymorphismes

Moyens d'étude

Localisations

Différents types

L'épigénétique

Les mutations

Différents types

Modalités d'apparition

Fréquence d'apparition

Différents types moléculaires et effets phénotypiques

La recombinaison

Chapitre4 : quelques notions de Génomique

Qu'est-ce que la génomique ?

Méthodes pour séquencer les génomes

Les génomes des principaux organismes modèles

Chapitre5 : la mutagenèse

Le principe général

La mutagenèse classique

3 exemples de sélection de mutants

La mutagenèse dirigée

Comment sur-exprimer un gène

Comment inactiver un gène

Chapitre6 : la complémentation

Le principe

Les conditions d'application

Les limites du test

Le terme de complémentation a été adapté à deux autres situations

Chapitre7 : la recombinaison et l'établissement de cartes génétiques

Utilité des cartes génétiques

Les procaryotes

Les eucaryotes: la mitose

Les eucaryotes: la méiose

Le test 3-points

La ségrégation extrachromosomique

Le rapport carte génétique / carte physique

Annexes : la ségrégation des gènes au cours des générations dans les différents organismes

Neurospora crassa

Saccharomyces cerevisiae

Drosophila melanogaster

Cours rédigé par Mme Gonzy

Les mécanismes de recombinaison

Introduction

La recombinaison homologue: le modèle de Holliday

La recombinaison homologue: les protéines impliquées

la recombinaison homologue mitotique

la recombinaison site-spécifique

La réparation des dommages à l'ADN

Introduction

les dommages à l'ADN

Les gènes de E. coli impliqués dans la réparation

La réparation par excision de nucléotides

Les éléments mobiles

Introduction: caractéristiques générales des éléments mobiles

Les transposons procaryotiques

L'élément P chez la drosophile

Les rétrotransposons: généralités

Les rétrotransposons de classe I : l'élément Ty chez la levure

Les rétrotransposons de classe II

Les éléments mobiles dans le complexe majeur d'histocompatibilité humain

Les rétrovirus

Evolution des transposons

La réalisation du phénotype

Analyse d'un phénotype, dominance et récessivité, pléiotropie.

Les caractéristiques des allèles.

Analyse génétique et moléculaire des allèles de White-Spotting chez la Souris

Les interactions géniques

La suppression

L'accentuation

L'épistasie. Application aux voies de régulation.

 

Les modalités d'apparition des mutations

 

Les mutations résultent de deux grands types de phénomènes.

(1) la fidélité de la transmission du matériel génétique n'est pas de 100%. Ceci dérive de plusieurs processus dont la tautomérisation de certaines bases qui peuvent entraîner des appariements illégitimes qui ne seront pas détectés et qui pourront donc donner naissance à des mutations au tour de réplication suivant.

(2) l'ADN subit des lésions qui sont réparées plus ou moins efficacement (cliquez ici pour en savoir plus). Par exemple, la dépurination des bases GC, la désamination des cytosines ou l'oxydation de bases entraîne la formation de lésions qui au moment de la réplication peuvent poser des problèmes. Cliquez ici pour en savoir plus. Ceci peut être très fréquent: on estime qu'une cellule animale perd environ 500 purines à l'heure. Il existe donc des mécanismes de réparation de ces lésions qui malheureusement n'ont pas une efficacité de 100%. Je vous renvoie au chapitre ad hoc pour approfondir les mécanismes en jeu chez Escherichia coli.

Voyons plus en détail l'aspect génétique du phénomène.

Le problème de l'apparition des mutations n'est pas trivial et il est encore débattu aujourd'hui. En effet, si la majorité des généticiens s'accordent pour dire que les mutations se produisent au hasard, il en existe quelques-uns qui pensent que celles-ci pourraient être induites par le milieu. Il faut comprendre induite non pas comme "ayant une fréquence augmentée par le milieu" car nous verrons qu'effectivement des conditions de milieu peuvent augmenter de manière considérable le taux de mutation, mais plutôt dirigées par le milieu. Des expériences récentes ont fait resurgir ce débat qui malheureusement sort du cadre de ce cours. Quoi qu'il en soit, des expériences ont clairement montré que les mutations apparaissent spontanément. La première démonstration convaincante de ceci a été faite grâce à ce que l'on appelle aujourd'hui le test de fluctuation.

Le test de fluctuation



Prenons l'exemple qu'étudiait Salvator Luria et Max Delbrück (1943) et qui a permis d'apporter la première démonstration que les mutations apparaissent spontanément avant le traitement qui permet de les révéler. Ces chercheurs étudiaient la résistance d'Escherichia coli B au phage a. Pour révéler les bactéries résistantes, ils mettaient en cultures des bactéries sensibles, les laissaient pousser, puis ajoutaient des phages et étalaient la culture sur des boites de Petri. Seules les bactéries résistantes donnaient naissance à des colonies (facilement comptables !). Ils essayaient de mesurer la fréquence d'apparition de bactéries résistantes au phage et observaient de grandes fluctuations dans leurs résultats. Ils ont raisonné justement que cette fluctuation était en fait due à l'apparition stochastique des mutations et pourrait donc permettre de trancher entre les deux hypothèses du moment:

Hypothèse I: les mutations de résistance apparaissent dans la bactérie spontanément avec une probabilité fixe avant leur exposition au phage.

Hypothèse II: les mutations sont induites avec une certaine probabilité dans la bactérie par le contact avec le phage. En d'autre terme, il existe une petite probabilité qu'une bactérie résiste à l'attaque d'un phage et si elle résiste, elle et ses descendants acquièrent alors une immunité contre le phage.

Pour faire la différence, observons ce qui se passe dans le cas des deux hypothèses si plusieurs cultures sont faites en parallèle.

Image40

 

Image41

 

Donc Luria a fait l'expérience (Delbrück ayant fait le développement théorique de l'idée de Luria) et a obtenu les résultats suivants:

exemple (parmi 3 expériences témoin) de résultats obtenus si une culture est divisée en 10 et étalée sur 10 boîtes :

14

15

13

21

15

14

26

16

20

13

moyenne= 16,7
variance= 15

 

L'analyse statistique montre que ces deux chiffres ne sont pas différents. Donc la procédure d'étalement n'introduit pas de variation significative autre que l'échantillonnage au hasard.

exemple (parmi 10 expériences) de résultats obtenus si plusieurs cultures sont faites en parallèle et étalées sur des boites séparées dans les conditions de l'expérience témoin:

1

0

3

0

0

5

0

6

107

0

0

0

1

0

0

64

0

35

0

5

moyenne= 11,35
variance= 694 (corrigée pour la variation de l'étalement).

CQFD: il est clair que c'est l'hypothèse n°1 (les mutations préexistent à leur révélation) qui est la bonne !

De plus cette expérience nous permet de bien saisir la différence entre taux de mutant et taux de mutation. En effet, le nombre de mutants observés dans une culture résulte du nombre de mutations apparues et du nombre de divisions que la bactérie mutante a pu faire avant la révélation. Le taux de mutant est donc variable d'une expérience à une autre en fonction du hasard de l'apparition des mutations. Au contraire, le taux de mutation est constant (si les conditions expérimentales sont constantes) et les mutations apparaissent au hasard (c'est dire suivant une loi de Poisson !).

S'il est facile de calculer le taux de mutants, quid du taux de mutation ?

Le test de fluctuation fait ci-dessus permet de le calculer: pour ceci, il faut s'intéresser aux cultures qui ne donne pas de mutants résistants. On admet que chacune des cultures a été initiée avec le même nombre n0 de bactérie au début et contient le même nombre de bactéries n à la fin. Il s'est donc passé n-n0 divisions dans chacune des cultures. Si P est la probabilité de muter en souche résistante à chaque division (taux de mutation par unité de génération), la proportion de cultures sans mutant (f que l'on mesure dans l'expérience) est égale à la probabilité d'observer 0 mutation après toutes ces n-1 divisions, soit (1-p)n-n0. De là, on tire que

p= 1- e ln f / n-n0.

Par exemple dans une de leurs expériences, Luria et Delbrück ont effectué 87 cultures, parmi celles-ci, 29 ne présentaient pas de colonies résistantes. Ces cultures ont été ensemencées avec 50-500 bactéries et contenaient à la fin environ 2.4 108 bactéries, d'où l'on tire que le taux de mutation est de:

 

p= 1- e ln f / n-n0 = 4,5 10-9 mutations / division cellulaire

 

Une autre expérience a permis de montrer plus simplement le même résultat. C'est la réplique sur velours de mutants de prototrophie à partir d'une souche auxotrophe chez la levure par Joshua et Esther Lederberg (1952).

Des levures sont étalées sur du milieu complet, et ensuite repiquées grâce à du velours sur du milieu minimum. Sur ce milieu, les mutants prototrophes poussent et sont facilement repérables. Il suffit ensuite de retourner vers la boîte de milieu complet pour constater que les levures de la colonie initiale de les repiquer sur du milieu minimum et de constater que la toutes les cellules de la colonie sont aussi prototrophes, et que donc, ce n'est pas le milieu qui a provoqué la mutation d'auxotrophie vers la prototrophie.

 

Ce résultat est l'un des plus fondamental de la biologie car, combiné avec le processus de sélection naturelle énoncé par Darwin, il a permis de proposer une hypothèse non finaliste de l'évolution de la vie que l'on désigne sous le terme de néodarwinisme. En effet, "un oeil n'a pas été créé dans le but de voir" même s'il sert à ça, mais les organismes possèdes des yeux car (1) aléatoirement par le biais de mutations, certains ont acquis la capacité de détecter la lumière et (2) par ce fait, ils ont été avantagés par rapport à ceux qui en étaient dépourvus au niveau de leur reproduction, probablement parce que les yeux leur permettaient une meilleure connaissance du milieu alentour. Notez que le débat fait toujours rage pour savoir si cette évolution est obligatoirement progressive (c.a.d. que l'établissement de l'œil résulte de la succession de plusieurs mutations) ou s'il est possible de faire des sauts (c.a.d. qu 'un "proto-œil" efficace est apparu à la suite d'une seule mutation).

 

 

IGM

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